Quand on a plusieurs enfants, on comprend vite que l’éducation n’est jamais une science exacte. Chaque enfant arrive avec son caractère, ses besoins et ses petites révolutions. Chez nous, une simple consigne peut devenir un grand débat familial. Pourtant, les parents doivent décider, poser des limites et transmettre. Le livre Les parents ont-ils encore le droit d’éduquer leurs enfants ?, publié chez Artège, pose une question qui me touche particulièrement. Dans une société où l’école, les politiques publiques et le statut du mineur évoluent, quelle place reste-t-il aux parents ?

L’éducation commence souvent autour de la table
Avec onze enfants, les repas pourraient presque servir d’étude sociologique.
Il y a celui qui raconte sa journée. Celui qui négocie encore trois minutes d’écran. Et celui qui disparaît mystérieusement au moment de débarrasser.
Puis vient la question des devoirs.
« Tu les as faits ? »
Cette phrase, prononcée des centaines de fois, ne vieillit jamais vraiment.
Dans une famille nombreuse, l’éducation se construit dans ces moments très ordinaires. Nous apprenons à nos enfants à respecter les autres. Nous leur demandons de participer à la vie familiale.
Nous devons aussi apprendre à dire non.
Pas toujours avec succès, je vous l’accorde.
Mais poser une limite fait partie de notre rôle. Même lorsque l’enfant nous regarde comme si nous venions d’interdire les vacances jusqu’en 2047.
Onze enfants, onze façons de grandir
Ce qui me frappe le plus dans ma vie de mère, c’est la différence entre mes enfants.
Une même règle peut être parfaitement comprise par l’un. Elle peut provoquer une négociation interminable chez l’autre.
Certains ont besoin d’un cadre très précis. D’autres supportent difficilement la moindre contrainte.
L’éducation ne peut donc pas être une recette appliquée mécaniquement.
Elle demande de connaître son enfant. Elle demande aussi de l’accompagner en fonction de son âge et de sa personnalité.
Un petit enfant a besoin que nous décidions beaucoup pour lui.
Puis il grandit.
Il choisit ses vêtements. Il organise ses activités. Il veut gérer son téléphone. Il commence à contester nos décisions.
Un jour, il nous explique même pourquoi nous avons tort.
C’est souvent à ce moment-là que l’autonomie commence réellement à se construire.
Quand les parents se demandent quelle est leur place
C’est précisément ce qui rend le livre d’Aurélie Garand et Matthieu Le Tourneur intéressant.
Son titre interpelle immédiatement : Les parents ont-ils encore le droit d’éduquer leurs enfants ?
La question semble provocatrice. Elle touche pourtant à des évolutions très concrètes.
Les auteurs réunissent des juristes, des philosophes, des médecins, des responsables éducatifs et des élus locaux.
Ils interrogent notamment l’évolution du statut du mineur. Ils questionnent aussi la place croissante accordée à son autonomie.
Comme parent, cela oblige à réfléchir.
Nous voulons tous que nos enfants deviennent autonomes. Mais nous savons aussi qu’un enfant ne devient pas adulte du jour au lendemain.
Entre les deux, il y a une longue période d’apprentissage.
À la maison, l’autonomie ne signifie pas l’absence de règles
Chez nous, apprendre l’autonomie ne signifie pas « fais ce que tu veux ».
Un enfant peut choisir son pull. Il ne choisit pas toujours l’heure du coucher.
Un adolescent peut gérer son argent de poche. Il ne décide pas forcément seul de tout ce qui concerne sa scolarité.
Et lorsque le téléphone devient soudainement plus intéressant que les devoirs, il faut parfois intervenir.
Ces petites scènes peuvent sembler banales.
Elles posent pourtant une vraie question éducative.
Comment apprendre à décider sans laisser l’enfant porter trop tôt des responsabilités d’adulte ?
C’est justement l’une des réflexions qui traversent cet ouvrage.
L’école accompagne nos enfants, mais elle ne remplace pas la famille
Je mesure chaque jour la place essentielle de l’école dans la vie de mes enfants.
Mes enfants ont eu des enseignants qui les ont encouragés. Certains ont repéré une difficulté avant nous. D’autres ont donné envie d’apprendre.
Je leur en suis reconnaissante.
Mais l’éducation ne s’arrête évidemment pas à la porte de la classe.
À la maison, nous connaissons l’histoire de notre enfant. Nous savons ce qui le rassure ou l’inquiète. Nous connaissons aussi ses fragilités et ses petits ressorts.
C’est pourquoi l’idée développée dans le livre me semble importante.
Les parents peuvent être les premiers éducateurs sans être les seuls.
L’enfant a besoin d’un entourage. Les parents ont surtout besoin que chacun puisse trouver sa juste place.
Les grands sujets arrivent jusque dans nos maisons

Le livre aborde également des questions très actuelles.
Les auteurs évoquent notamment l’instruction en famille et son évolution depuis la loi de 2021.
Ils s’intéressent également à l’EVARS et à la place accordée aux parents.
Ce sont des sujets qui peuvent rapidement devenir passionnels.
Pourtant, derrière les textes et les débats, il y a toujours un enfant.
Et derrière cet enfant, il y a une famille.
C’est probablement ce qui m’intéresse le plus dans cette réflexion. Les grandes évolutions de société finissent toujours par arriver dans nos cuisines.
Elles apparaissent au détour d’une question posée après l’école. Elles surgissent pendant un repas. Elles provoquent parfois une discussion dans la voiture.
L’éducation n’est jamais très loin.
Retrouver confiance dans notre rôle de parent
Ce que je retiens surtout de cette lecture, c’est que les parents n’ont pas besoin d’être parfaits.
Infos pratiques :
280 pages, 10 septembre 2026 / 18€90. Editions Artège.






