Construire une cabane avec des couvertures, des cartons ou des branches n’est pas un simple jeu d’enfant. C’est une aventure intérieure, un refuge secret et souvent le premier territoire vraiment personnel des plus jeunes. Derrière le désordre apparent se cache une activité précieuse pour leur imagination, leur autonomie et leur lien avec la nature. Cet automne à la météo clémente pourrait bien être prétexte à quelques sorties « constructives » !

Il suffit parfois d’un plaid, de deux chaises et de beaucoup de patience parentale. En quelques minutes, le salon devient un château, un bateau pirate ou une maison perchée imaginaire. Les enfants ont ce talent merveilleux de transformer le quotidien en aventure. Si, si en particulier les soirs où vous aimeriez qu’ils lisent une histoire au calme dans leur lit.
Enfant unique, je passais des heures, seule, à construire des cabanes. Dans le jardin, derrière le pigeonnier ou dans les garages non loin de la maison, tout devenait matériau. Je réquisitionnais sans demander la permission, les cartons, les planches, des branchages et souvent toutes les couvertures de la maison. Ma mère les cherchait partout avant de les retrouver soigneusement installées dans ma cachette secrète.
Pourquoi les enfants aiment tant les cabanes
La cabane répond à un besoin profond : créer un espace à soi. Les psychologues de l’enfance parlent souvent d’un premier « chez-soi symbolique ». L’enfant y décide des règles, de l’entrée et même de la décoration. C’est un peu comme le panneau « Sens interdit », dessiné sur une feuille, scotchée sur la porte de leur chambre … Au grand désarroi des parents généralement lors de la première découverte.

Une simple pomme de pin peut devenir une sonnette. Quelques aiguilles de pin et de la mousse représentent un lit 5*. Des branches alignées forment une cuisine imaginaire. Ce territoire paraît parfois invisible aux adultes, mais il possède une immense valeur pour celui qui l’a créé.
Les mouvements de scoutisme l’ont compris depuis longtemps. Le froissartage apprend à assembler du bois et de la corde pour construire tables, vaisseliers ou abris. Mes enfants ont d’ailleurs connu ce bonheur en forêt avec les Scouts, comme moi avant eux, chez les Eclaireuses. Construire une cabane donne le sentiment rassurant de pouvoir se débrouiller dans la nature. L’effet de groupe ajoute à l’excitation dans mon souvenir.
Du salon à la forêt, le même besoin d’aventure
Quelques dizaines d’années plus tard, la passion s’est transmise naturellement à mes enfants. Lors des anniversaires, le salon se transformait régulièrement en camping géant. Les tentes poussaient entre le canapé et la bibliothèque pour les soirées pyjama. Nous avions la chance d’avoir un appartement assez spacieux pour y dresser une tente Igloo. Mais plus tard, dans un espace bien moindre à Paris, Romy m’a rappelé récemment qu’elle avait aussi installé une tente.
Certains ont aussi construit des refuges dans des talus boisés du jardin. Dormir dehors les fascinait, mais rarement à la belle étoile sans protection. Il leur fallait une construction, même rudimentaire, pour se sentir chez eux.

Ce goût ne disparaît d’ailleurs pas à l’âge adulte. Le succès familial des cabanes perchées, des yourtes, des roulottes ou des bulles transparentes montre que nous gardons tous une nostalgie de ces nuits différentes, un peu sauvages et pourtant profondément rassurantes.
Un désordre qui nourrit l’imagination
Je comprends les parents qui soupirent devant un salon envahi de coussins. Pourtant, ce « chantier » développe des compétences étonnantes : créativité, résolution de problèmes, coopération et persévérance.
Entre 6 et 11 ans, les enfants s’approprient particulièrement bien les espaces extérieurs. Ils choisissent les végétaux, observent les branches solides, utilisent parfois le houx pour marquer les limites de leur territoire. Ils apprennent sans s’en rendre compte à lire l’environnement et à lui donner du sens.
Laisser une place aux cabanes
Aujourd’hui encore, quand Ennéa-Lou et Wallis-Sixtine transforment leur chambre en refuge avec des draps suspendus dans les 4 lits superposés, je repense à mes propres expéditions derrière le pigeonnier. Ces moments semblent dérisoires, mais ils construisent des souvenirs durables. C’est un moment béni dans leur journée où elles ne s’arrachent pas les cheveux pour un Polly Pocket chapardé.

Alors oui, il faudra peut-être chercher les couvertures disparues ou contourner une forteresse improvisée dans le couloir. Mais derrière chaque cabane se cache un enfant qui apprend à rêver, à créer et à habiter le monde à sa manière.
Et si, finalement, le plus beau cadeau que nous puissions leur offrir était simplement un peu d’espace, quelques couvertures… et le droit de bâtir leur royaume éphémère ?







