Classique sans être figé, vivant sans jamais se départir de son élégance, le château de Cheverny cultive l’art de recevoir dans le Val de Loire. Visite guidée comme une conversation, musée dédié à Tintin, jardins aux cèdres, platanes et tilleuls centenaires, balade en bateau au fil de l’eau. Ici, le patrimoine se découvre au présent, avec cette discrète douceur qui fait les grandes demeures.

Au cœur de la Sologne blésoise, le château de Cheverny déploie sa façade d’une blancheur parfaite comme un sourire figé dans la pierre. Construit en trente ans (1624-1654) sous le règne de Louis XIII, en pierre de Bourré, un tuffeau de la région qui blanchit et durcit à l’air, il veille, impénétrable sur les visiteurs depuis 1922, année où cinq pièces furent ouvertes à la visite, contre dix-sept de nos jours.

Dès les premiers pas dans l’allée bordée de tilleuls, un parfum d’histoire et d’élégance flotte dans l’air. Le visiteur entre ici non seulement dans un château, mais dans un art de vivre, celui d’une famille qui, depuis plus de six siècles, habite et entretient ce joyau classique : « Nous avons voulu que Cheverny reste un lieu vivant, pas un musée figé », confie le marquis Charles-Antoine Drouilhet de Sigalas-Hurault de Vibraye, héritier des lieux, dont les mots sonnent comme une déclaration d’amour au patrimoine et qui habite l’aile droite du château.
Meublé, jamais pillé

À Cheverny, la visite de l’intérieur se vit comme une immersion dans une demeure toujours habitée. Rien n’est sous vitrine : salons, tapisseries et salle à manger dressée donnent l’illusion d’un départ momentané.

La conférencière déroule un récit intime, ponctué d’anecdotes et de silences qui laissent parler les lieux. Dix-sept pièces se découvrent, du faste classique aux appartements privés occupés jusqu’en 1985.

Les salons enchaînent boiseries, tentures, tableaux de maîtres et mobilier d’exception dans une mise en scène limpide. La salle à manger impressionne par ses murs tendus en cuir de Cordoue et ses trente-quatre panneaux en bois peints illustrant le roman de Cervantès, Don Quichotte. L’escalier d’honneur, sculpté de fruits et d’armures, mène à l’étage avec emphase. Là, chambres bourgeoises et souvenirs familiaux entretiennent une atmosphère feutrée. La plus grande pièce du château, la salle d’armes convoque l’imaginaire chevaleresque, presque théâtral. Réservée aux monarques et invités d’honneur, la « chambre du roi » expose tapisseries précieuses, broderies persanes et lit à baldaquin d’un autre temps.

Au rez-de-chaussée, le grand salon concentre le prestige, avec un tableau représentant Côme de Médicis, attribué au Titien et un tableau de Jeanne d’Aragon sorti des ateliers de Raphaël.

Partout, les siècles semblent cohabiter sans rupture. Cheverny n’est pas un musée figé, mais une maison de mémoire. Un château qui se raconte autant qu’il se contemple.

Un jardin promenade

À l’extérieur, le regard s’échappe vers les jardins, véritables respirations du domaine, jardins des apprentis, jardin potager, orangerie devenue un salon de thé. Derrière le château, le parc s’étire à la manière d’un tableau impressionniste. Ses perspectives dessinées par Hurault de Vibraye au XVIIᵉ siècle invitent à la flânerie. La partie forestière du parc, qui s’étend sur plus de 100 hectares, se visite avec un guide, d’avril à novembre, à bord de bateaux électriques et de voiturettes. Cette escapade en pleine nature permet de découvrir l’allée des 157 cèdres et le canal où des cyprès chauves s’épanouissent les pieds dans l’eau, comme dans leur Louisiane natale. Le clapotis de l’eau, le chant des oiseaux, le vol des canards, la pierre qui se reflète : tout concourt à une sensation de douceur.

Tintin, évidemment !
Le château est composé de deux parties médianes encadrées par deux imposantes tours carrées : la symétrie est parfaite. Et reste parfaite pour Moulinsart même si Hergé a supprimé ces dernières et rendu la bâtisse plus adaptée au style de vie de ses héros. Elle apparaît pour la première fois dans l’album Le secret de la Licorne.

François, Chevalier de Hadoque, Capitaine de la Marine du Roy, Commandant le Vaisseau La Licorne » est le premier Haddock à avoir vécu à Moulinsart, une luxueuse demeure offerte par le roi après sa victoire contre un certain… Rackham le Rouge !

Réalisée grâce à la Fondation Hergé, l’exposition permanente « Les Secrets de Moulinsart » rappelle comment Hergé s’est inspiré du château pour dessiner Moulinsart. Elle propose une immersion dans les aventures de Tintin, avec des pièces reproduites en grandeur réelle.
Guide pratique
Château de Cheverny
Avenue du Château
41700 CHEVERNY
Tél : 02 54 79 96 29
Ouvert toute l’année. Nombreuses animations thématiques au fil des saisons (tulipes au printemps, chocolats à Pâques, citrouilles à la Toussaint, décors féériques à Noël).







