Quand une vie silencieuse s’arrête avant même d’avoir respiré, c’est toute la famille qui est touchée — et souvent, les enfants plus jeunes, membres de la fratrie, restent dans l’ombre. Cet article explore le deuil périnatal à travers le regard d’un frère de quatre ans, inspiré par le livre Doudou, Loulou et Petite sœur dans le ciel (éditions les 3 Colonnes). L’auteure née en Angleterre, installée en Bretagne est maman de trois garçons. Elle a perdu sa petite fille Charlotte en 2022. Elle a choisi d’écrire dans la peau de son fils pour aider les familles à ne pas perdre pied et à garder le sens de la vie.

Le deuil périnatal vu par la fratrie
Le terme de deuil périnatal désigne la perte d’un bébé pendant la grossesse, lors de l’accouchement ou dans la première année de vie. On pense avant tout aux parents, mais la fratrie est également concernée. Dans ce livre-témoignage, l’auteure s’est tournée vers son fils « Doudou » âgé de quatre ans, et son petit frère « Loulou » de trois ans. Elle donne une voix à l’enfant qui ne sait pas encore forcément poser de mots sur ce qui se passe. Le bébé espéré est arrivé sans respirer, et tout l’échafaudage familial a vacillé.
Pour un enfant de quatre ans, la notion de « mort » peut être floue. Le livre invite à une narration adaptée : parler de « petite sœur dans le ciel » permet de donner une forme, un nom, un lieu symbolique à ce qui a disparu. Cela ouvre la conversation et évite le non-dit, qui peut être lourd de conséquences.
Quand les mots manquent, comment accompagner les jeunes enfants ?
Un jeune enfant ne formule pas toujours la peine comme un adulte. Il peut manifester de la colère, de la jalousie, une peur de disparaître lui-même, ou un sentiment d’injustice.
Dans ce contexte, le livre évoqué est précieux. L’auteure, en utilisant la voix de son fils, propose des phrases simples, des gestes symboliques, un lien maintenu avec le bébé disparu.
Quelques pistes concrètes :
Employer des mots clairs, éviter les euphémismes comme « parti », « endormi », et privilégier « décédé », « mort ».
Proposer un rituel de reconnaissance : une photo, un dessin, une empreinte, ou simplement un moment où la fratrie évoque ce bébé. Ce geste symbolique aide à inscrire la perte dans l’histoire familiale.
Inclure l’enfant dans le processus à son niveau, par exemple l’inviter à raconter ce qu’il pense, ce qu’il ressent, à exprimer ses questions. Le livre mentionné répond à cette dimension.
Veiller à ce que les parents puissent être présents et accompagnants pour l’enfant, même s’ils vivent leur propre douleur. L’accompagnement pour la fratrie est recommandé.
Le soutien au sein de la fratrie : Doudou & Loulou
Dans l’histoire racontée, Doudou (4 ans) ressent qu’il doit « faire grand » pour son petit frère Loulou (3 ans). Comme si la perte de leur sœur exigeait une sorte de protection. La dynamique entre eux change. Il est alors essentiel pour les parents, ou pour l’adulte accompagnant, de reconnaître ce déplacement de rôle qui peut survenir chez l’aîné. Il ne s’agit pas seulement d’aider l’enfant survivant, mais aussi de nommer ce qu’il vit, de lui dire : « Toi, tu es d’abord mon fils, tu as le droit de pleurer, de poser des questions, d’être bouleversé ». Le livre traduit cette réalité à travers le regard du petit garçon : « Maman pleure souvent », « Je ne comprends pas pourquoi ma grande sœur ne vient pas à la maison ».
L’un des grands défis est de ne pas laisser l’enfant se sentir « hors » de la famille, invisible, alors que tous les regards sont tournés vers le drame. Lui redonner sa place dans le récit familial est une protection essentielle.
Après la perte : croyance, sens et vie qui continue
Après une perte périnatale, les questions s’accumulent : « Où est le bébé ? Est-ce qu’il existe encore ? Est-ce que je peux parler de lui ? » Selon que la famille soit croyante ou non, le sens donné diffère. Certains évoquent un « vol vers les étoiles », d’autres préfèrent dire « dans nos cœurs », « dans l’histoire de la famille ». L’essentiel est de trouver une formulation qui convienne à tous. Pour les enfants, ces métaphores doivent rester simples, rassurantes et honnêtes.
La vie garde son sens. Comme l’auteure l’a voulu en écrivant ce livre, la douleur peut devenir ressource : une parole offerte, un soutien transmis. La fratrie, elle aussi, trouve sa voie dans ce cercle où la mémoire, la reconnaissance et l’amour continuent. Le deuil n’est pas à « réparer », mais à vivre, à accompagner, à intégrer.
En conclusion
Faire le deuil périnatal au sein d’une famille, et particulièrement en présence d’enfants encore jeunes, exige douceur, simplicité et présence. Poser les mots, donner de l’espace à la fratrie, accompagner l’enfant sans le surprotéger, voilà quelques-unes des clés. Le livre Doudou, Loulou et Petite sœur dans le ciel vient nourrir ce chemin avec délicatesse et humilité. En ce mois d’octobre, qui contient un jour dédié au deuil périnatal, souvenons-nous que le soutien ne se limite pas à une date, mais se vit chaque jour, dans la tendresse, l’écoute et la mémoire partagée.
Editions les 3 colonnes, 28 pages, 11€ Par Sophie Bellon.






