La belle au bois dormant : un conte pas si charmant. Du viol originel au pop-up féerique, l’histoire de la belle au bois dormant a bien changé. Ce célèbre conte cache, derrière ses fées et ses robes qui tournent, une histoire bien plus sombre et dérangeante qu’on ne l’imagine. Entre mythes anciens, interprétations modernes et versions édulcorées pour enfants sages, retour sur un conte à (ré)éveiller.

Une histoire d’un autre temps… mais toujours d’actualité
Si vous pensez connaître la belle au bois dormant grâce à Disney ou Charles Perrault, accrochez-vous : vous allez tomber de haut. Très haut. À l’origine, ce n’est pas un doux baiser qui tire la Belle de son sommeil, mais un viol. Oui, vous avez bien lu. Dans la version italienne Soleil, Lune et Thalie, écrite en 1634 par Giambattista Basile, un roi (déjà marié) trouve Thalie endormie. Incapable de la réveiller, il profite de son sommeil pour « récolter les fruits de l’amour »… Résultat : deux enfants naissent pendant que la Belle dort encore. Ambiance !
Quand le réveil vient d’un bébé

C’est un de ses bébés, tétant son doigt, qui lui enlève l’écharde de lin responsable de son sommeil. Voilà donc notre Belle réveillée… par hasard. Pas par amour. Et surtout pas par consentement. Le roi revient (comme une envie soudaine de paternité ?) et lui avoue tout. Étrangement, elle lui pardonne et tombe amoureuse. Mais le conte ne s’arrête pas là : la femme du roi, furieuse, tente de faire cuire les enfants et brûler la Belle. Finalement, tout s’arrange (enfin, façon conte du XVIIe) : la méchante reine meurt, le roi épouse Thalie et tout est bien qui finit bien… pour eux. Probablement un burn-out parental entre temps !
De Basile à Perrault : un conte en cure de moralité
Heureusement – ou malheureusement – Charles Perrault passe par là, en 1697, et adoucit l’histoire. Le viol disparaît. Le roi devient prince charmant. L’écharde de lin devient quenouille. Le sommeil reste, mais la noirceur s’efface. Pourtant, même chez Perrault, la belle n’est pas si tranquille. Sa belle-mère tente toujours de dévorer les enfants… Et lui-même use d’un humour mordant et ambigu, oscillant entre ironie cruelle et sagesse moralisatrice. Chez Perrault, on saupoudre le tout d’une morale : les jeunes filles doivent savoir attendre… et espérer un bon parti. Charmant, non ?
Les frères Grimm, eux aussi, adoucissent la pilule
En 1812, les frères Grimm reprennent le conte, avec leur propre style. Moins cruels, plus symboliques. Le sommeil devient une épreuve initiatique, et le prince… un héros libérateur. Plus de bébés cachés, ni de tentative de cannibalisme royal. On commence à y voir les prémices de la version que l’on lit aux enfants le soir. Mais on oublie parfois que ces contes-là n’étaient pas écrits pour eux à l’origine, mais bien pour les adultes. Avec toute la noirceur et la complexité de l’âme humaine.
Une lecture psychanalytique… très seventies
Dans les années 70, Bruno Bettelheim, célèbre psychanalyste autrichien, propose une autre lecture du conte. Pour lui, La belle au bois dormant est un récit symbolique du passage à l’âge adulte. La fillette, victime de la malédiction, entre dans une longue période de sommeil : repli sur soi, puberté, transformation. Le prince ? Celui qui accompagne la renaissance. Pas de viol ici, mais une métaphore. L’important pour Bettelheim, c’est que le conte aide l’enfant à surmonter ses peurs, à apprivoiser ses émotions. C’est une façon d’apprendre à grandir, sans tout comprendre.
Et aujourd’hui, on en pense quoi ?
Avec les débats actuels autour du consentement et des stéréotypes genrés, la lecture moderne du conte change encore. Certains s’interrogent : pourquoi la Belle ne dit-elle rien ? Pourquoi le prince agit-il sans son accord ? Des versions plus récentes évitent l’acte physique au réveil, préférant une présence symbolique, ou même un simple regard. Les enfants ne s’en rendent pas toujours compte, mais les adultes, eux, commencent à poser des questions. Et c’est tant mieux.
Une version pop-up à offrir… en toute connaissance de cause

Malgré ses origines sombres, la belle au bois dormant reste un conte fascinant. Et pour les enfants, il peut encore émerveiller. En cette fin d’année 2025, Larousse Jeunesse publie une version pop-up magnifique du conte, dans un écrin tout en couleurs et en magie. L’histoire suit la version édulcorée : sommeil, prince, baiser, réveil, mariage. On oublie Basile, les bébés et la reine ogresse. Ce livre pop-up, visuellement spectaculaire, est un très joli cadeau de Noël, à condition de ne pas l’offrir en pensant qu’il s’agit d’un conte naïf et inoffensif.
Le pouvoir des contes : faire rêver… et réfléchir
La beauté du conte, c’est qu’il peut être à la fois divertissant et dérangeant. Il éveille l’imagination, mais aussi la conscience. Derrière les paillettes des adaptations modernes se cachent souvent des récits plus rugueux. Lire La belle au bois dormant à ses enfants, c’est possible – et même recommandé. Mais en tant qu’adultes, prenons aussi le temps de relire les versions anciennes, d’interroger leurs messages, et pourquoi pas… d’en discuter. Car après tout, même en dormant, il se passe bien des choses.
Et vous, quelle version de la Belle préférez-vous ? Celle des fées ou celle des faits ?
Et si cette année, vous glissiez un pop-up Larousse sous le sapin… avec une petite discussion à la clé ?
6 magnifiques pop-up, 12 pages, 19€99 (Laura Sampson et Anja Susanj). Le genre de merveille qu’une version numérique ne saurait reproduire.






