Au sein du Collège des Bernardins à Paris, non loin du Jardin des Plantes, se déroule le « Mystère Mozart », spectacle qui mêle danse et musique, récit et mapping tout en permettant au public d’interagir avec les comédiens. Vous avez jusqu’au 23 novembre 2025 si vous souhaitez y assister.

Une féérie de pierres
Entrer dans le Collège des Bernardins pour assister au Mystère Mozart, c’est franchir un seuil entre deux mondes : celui de l’histoire, gravée dans la pierre de cette ancienne école cistercienne bâtie en 1248 qui sert en temps normal de lieu d’étude et de recherche aiguillé par la pensée chrétienne, et celui d’un spectacle immersif qui promet de redonner chair et éclat au génie autrichien de Salzbourg. N’a-t-il pas écrit 681 œuvres sur tous les registres (concerto, symphonie, sonate opéra) lors de sa trop courte existence (35 ans) ?

La nef gothique sert d’écrin à une première scénographie où un spectateur est choisi pour incarner le personnage-clé de La Flûte enchantée, la Reine de la Nuit. Dans cet opéra (1791), la reine demande alors au prince Tamino de sauver sa fille Pamina. Cette dernière est captive du prêtre Sarastro, présenté comme un tyran. Tamino accepte et part donc à sa recherche, accompagné de l’oiseleur Papageno. Un comédien tient le rôle de Papageno et nous oriente dans la nef. L’acoustique n’étant pas parfaite, de nombreuses paroles nous échappent et c’est dommage.
Diriger un orchestre ?
Invités à descendre dans les entrailles du collège, le public va déambuler durant soixante-dix minutes de salle en salle. Il est ainsi happé par huit tableaux où se mêlent projections monumentales, danse, théâtre, et évidemment musique de Mozart.

Dans l’une des salles, un spectateur est choisi (ou se porte volontaire) pour diriger la 40e symphonie. Un autre dirigera plus tard la 25e.
Plus loin, c’est une danse de hip hop chorégraphiée par Mourad Merzouki. Elle se déroule sous les notes de l’Ave verum corpus (Mozart). Cette œuvre est écrite pour chœur, cordes et orgue. « Sur la partition autographe, Mozart a marqué au début une seule petite indication « sotto voce », nous indique alors notre guide « A voix basse »…
La salle étant pourvue de colonnes, n’hésitez pas à entrer par la deuxième porte et à vous installer côté gauche au premier rang. Vous profiterez ainsi pleinement de cette magnifique chorégraphie.
Requiem et menuet

Plus loin enfin, le Requiem saisit vraiment le spectateur. Le mapping joue sa symphonie de couleurs sombres violentes, rougeoyantes, théâtrales et d’autres plus douces, bleus ourlés de violet, jaune foisonnant, orange vitaminée, rose délicat. On apprend que cette messe de Requiem en ré mineur a été composée en 1791. Dans les derniers mois de sa vie et le dernier tiers achevé par un de ses disciplines.
Le parcours se termine par un menuet. Ici, chaque spectateur qui le souhaite revêt alors, charlotte et perruque et apprend quelques pas de danse.
Quel bilan tirer de cette expérience ?
L’immersion active favorise l’engagement, la concentration et fait du spectateur un participant sensible à l’histoire racontée. La scénographie intègre le public dans le très bel espace scénique du Collège des Bernardins avec ses voûtes en croisée d’ogive, transformant leur rôle de simple observateur à celui d’élément de l’expérience. Cela accroît l’intensité émotionnelle et mémorielle de la représentation, laissant ainsi une empreinte durable dans la perception.
Malgré le prix élevé (99 euros pour deux adultes deux enfants), les familles peuvent se laisser séduire par cette proposition accessible, ludique et sensorielle, souhaitée d’ailleurs par le producteur Michel Eli.
Mais les puristes vont grincer des dents. Les amateurs de musique classique relèvent vite que la partition sonore repose pour beaucoup sur des enregistrements et du playback. La puissance du live, ce souffle unique qui fait vibrer la musique de Mozart, s’amenuise. Les interactions, jugées amusantes par les uns, passent pour ridicules ou kitsch aux yeux des autres. En définitive, le spectacle flatte l’œil, mais oublie trop l’oreille. Si vous espérez retrouver l’intensité d’un Requiem ou la subtilité d’un quatuor à cordes, joués dans toute leur vérité sonore, vous risquez de rester sur votre faim.
Cette expérience ne reflète-t-elle pas notre époque ? Avide d’images et de participation, mais parfois éloignée de la profondeur de la musique vivante.
Informations pratiques
Quand ? Le spectacle est programmé du 28 juin au 28 novembre 2025. Tous les samedis et dimanches, ainsi que tous les jours pendant les vacances scolaires et aussi les jours fériés.
Les départs de groupes sont organisés toutes les 20 minutes, de 10h à 17h20.
Plein tarif : 32 €.
Enfant (4–14 ans, accompagné) : 25 €.
Tarif réduit : 30 €.
Pack famille (2 adultes + 2 enfants) : 99 €.
Collège des Bernardins.
20, rue de Poissy.
75005 Paris (métro Cardinal Lemoine, ligne 10).






