Réflexions sur le poids de l’héritage familial et de l’éducation en bande dessinée

Plongeon à froid dans les souvenirs douloureux de l’enfance. Ces blessures écorchées lorsque nous étions petits, qui cicatrisent au fil du temps et qui font ce que nous sommes une fois devenus adultes. Que penser de cet héritage familial ? Avec l’authenticité de leurs quatre précédents albums, les BeKa livrent un nouvel opus dérangeant.héritage familial

Héritage familial, un tatouage invisible :

Cette bande dessinée avec du thé, des muffins, une librairie concentre assez facilement la règle des trois unités qui est celle du théâtre français au XVIIe siècle mais surtout celle de la tragédie de notre société du XIXe siècle : Que faire de mon MOI qui pèse sur les pulsions de ma vie ?

Cette règle sert au lecteur pour rester concentré sur l’intrigue qui enchaîne des faits et des actions qui composent les histoires individuelles d’avoir eu des parents normatifs, trop attentifs, absents un peu, beaucoup. Les mères sont le cœur de cible des reproches tous azimuts. Les femmes seraient à l’erreur de nos malheurs. Alors où sont les pères bientôt obligés de prendre leurs congés parentaux allongés ?

 

Le moteur de cette BD se compose bien des trois parties classiques de la tragédie :

 

  • premièrement l’unité d’action : une seule intrigue principale, celle de son moi bafoué par ses parents.

  • puis l’unité de lieu : une librairie qui concentre tout le savoir recensé et achetable.

  • enfin l’unité de temps : l’action se tient une nuit enneigée qui empêche l’extérieur de franchir la « bulle » créée.

Et pour rappeler non son besoin de psy ou de paroles mais ses racines littéraires, l’endroit de la librairie nous incite donc à énoncer en alexandrins, Nicolas Boileau contant la tragédie, « Qu’en un jour, qu’en un lieu, un seul fait accompli- Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli. »

Alors imaginons la réponse à ces douleurs de l’enfance, d’avoir eu trop ou trop peu. Pensons à l’adage, les voyages forment la jeunesse.

Un voyage permet à l’enfant et à la famille de sortir de son cadre de vie ordinaire. Il est l’occasion d’affronter ensemble des situations nouvelles et inédites, en partant à la découverte du monde. L’intérêt d’un voyage est de se frotter à l’inconnu, de perdre ses repères. C’est une façon de mettre à l’épreuve ses convictions, ses valeurs, ses jugements… En cela, le voyage est une véritable expérience philosophique, qui nous apprend à relativiser et à nous ouvrir aux autres. Et la période de l’enfance, durant laquelle nous possédons une plus grande fraîcheur d’esprit, est particulièrement propice à la découverte de nouveaux peuples, de nouvelles façons de vivre et de nouvelles cultures.

On peut partir à l’autre bout du monde et ne rien en retirer, tout comme visiter sa propre région et rentrer profondément différent. Avec Internet et un peu d’imagination, on peut même voyager au bout du monde sans bouger. Est-il d’ailleurs encore réellement besoin de partir physiquement pour voyager ? Voyager, c’est se remettre en question et savoir relativiser, en partant à la découverte des autres… et de soi-même. Bref prendre confiance en soi.

Cette BD est une ode au voyage et même si le confinement nous empêche de bouger , on peut prendre ce temps pour le préparer.

Merci à elle !

Un mot des auteurs :

Un moment de remise en question même, et de prise de conscience de certains points de notre vie. Chacun a son histoire à raconter, son vécu, heureux ou malheureux ou bien au contraire, certains ne veulent pas en parler, préfèrent l’oublier. Ce qui est aussi très révélateur…

Comme confinés, dans la librairie de Clémentine et Sacha, les personnages de l’histoire se laissent aller aux confidences des uns envers les autres. Dans ce moment particulier, ici un soir de tempête de neige, tous se retrouvent bloqués à Paris. Mis en situation de stress, fragilisés, ils sont plus à même de se livrer, de parler de choses intimes et difficiles, qu’en temps normal…

Ces fantômes de l’enfance :

Cette période de l’enfance, les parents et grands-parents, laissent une trace indélébile dans notre vie d’adulte. Trace qu’il est pour beaucoup difficile de dépasser, d’effacer. Que ce que nous sommes, les problèmes que nous rencontrons parfois, les failles que nous avons, les douleurs, proviennent en grande partie de l’enfance. Ce que nous avons vécu, la relation que nous avons entretenue avec nos parents, la manière dont ils nous ont « élevés » font de nous ce que nous sommes avec le phénomène de répétition difficile à éviter. Même si la plupart des personnes proclament qu’ils sont liés viscéralement à la région ou au territoire où ils sont nés, dont ils disent apprécier telle ou telle caractéristique ou façon de vivre, n’est-ce pas plutôt qu’ils sont liés à l’endroit où ils ont passé leur enfance ? Et donc à cette période si particulière de la vie, où tout nous touche et nous marque si intensément et si profondément…


Comment faire face ?


Face aux cicatrices qu’a laissées en nous notre enfance, chacun a sa propre manière de faire face et de réagir. Il n’y en a pas une meilleure qu’une autre…
Certaines personnes n’auront pas de prise de conscience, d’autres n’arriveront pas à surmonter leurs problèmes et devront se faire aider. Certains devront s’éloigner de leur
famille pour aller mieux. Par ailleurs d’autres accepteront tout cela plus facilement… Chacun doit ainsi mener son propre chemin… comme il mène son chemin de vie.

Inné ou acquis ? 


La relation avec les parents détermine notre vision du monde. Elle conditionne aussi les normes et les codes sociaux qui seront des références inconscientes de notre vie future. Ainsi les enfants s’adaptent au milieu dans lequel ils évoluent. Ce dernier esquisse un bagage psychique fondamental mais non complet. Car il ne faut pas oublier qu’on naît avec un inné et un acquis. Une même éducation peut donc être vécue de plusieurs manières différentes.
L’enfant est une éponge qui absorbe toutes les interactions, expériences, émotions d’autrui… Il est dépendant de son environnement puisqu’il va puiser dedans pour se construire et se forger sa personnalité, ses envies, ses plans de vie.
Ainsi les manques, l’anxiété, la confiance en soi, les joies… tout cet entrelacs d’émotions, frustrations peut générer des comportements inadaptés, entiers, extrêmes… selon les situations.

Le pitch :

L’hiver, en fin de journée… Une tempête de froid et de neige s’abat sur Paris, bloquant plusieurs personnes dans la librairie de Clémentine, dont Guillaume et Naori, maintenant installés dans la capitale, ainsi que Chantal l’écrivaine.
Cette bulle de temps imprévue sera l’occasion pour chacun de faire remonter ses souvenirs d’enfance, de réfléchir au poids de l’héritage familial, de l’éducation qu’il a reçue, à l’influence de ses parents et de sa famille sur sa vie et ses choix… Jusqu’à ce que la tempête se calme et que la nuit se lève sur un nouveau jour… et peut-être une nouvelle façon de voir et de mener sa vie.

LE JOUR OÙ LA NUIT S’EST LEVÉE
Scénario : BeKa / Dessin : Marko / Couleur : Maëla Cosson
15,90€ / 64 pages / Parution le 26 Août 2020 chez Bamboo Edition

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