Préserver la fertilité féminine par la vitrification ovocytaire

A l’heure où la presse féminine non spécialisée publie de plus en plus fréquemment des études sur la baisse de la fertilité des femmes, la médecine se penche sur les méthodes pour la préserver. quand faut-il s’inquiéter de sa fertilité pour obtenir le meilleur taux de réussite de grossesse ?

grossesse - fertilité

@FrédériqueCalloch

Qu’est ce que la vitrification d’ovocytes ?


Il s’agit de stimuler les ovaires de la patiente en lui administrant des hormones similaires à celles qu’elle produit en principe durant un cycle menstruel mais en quantité assez importante – comme lors d’un traitement de FIV sans don d’ovocyte. Lors de la période d’ovulation, les ovocytes présents chez la patiente sont prélevés via une aiguille très fine avec ou sans anesthésie selon les cas. La patiente reprend une activité normale quelques heures après le prélèvement. Les ovocytes matures et semblant de bonne qualité sont ensuite conservés par un refroidissement ultra-rapide appelé vitrification (et non congélation), empêchant la formation de cristaux de glace. Ce procédé protège ensuite les ovocytes de la patiente pour une durée très longues (jusqu’à des décennies), ils pourront être dévitrifiés le jour où la patiente aura décider de les féconder par FIV (avant implantation dans son utérus). Grâce aux derniers protocoles appliquées par les spécialistes, le taux de survie de ces ovocytes atteint 90 %. Cette méthode est déjà utilisée en France pour les patientes atteintes de maladie risquant d’hypothéquer leur fertilité à cause des traitements. La chimiothérapie par exemple dans les cas de cancers.

@MagicMaman

Chez l’homme le sperme peut être prélevé et conservé de façon semblable en cas de cancer des testicules par exemple ou tout autre cancer nécessitant des traitements lourds.

La ménopause qui survient chez la femme et qui est généralement précédée (10 ans plus tôt) par une baisse implacable de la fertilité ne touche pas les hommes qui n’ont donc recours à la congélation de leur sperme qu’en cas de don ou de maladie grave. En revanche, de plus en plus de femmes souhaitent pour des raisons personnelles ou professionnelles (ou les deux) différer leur maternité avec le risque que le jour J, cela fonctionne mal ou plus. Il existe donc une demande réelle de conservation des ovocytes qui n’est pour le moment pas autorisée en France sauf raison médicale clairement établie.

@MaGrossesseaParis

La législation risque fort d’évoluer maintenant que le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) s’est prononcé, mardi 27 juin 2017, en faveur de l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux femmes célibataires et aux couples de femmes. Mais à ce jour, la conservation des ovocytes est autorisée seulement dans deux cas en France : chez les femmes souffrant d’endométriose ou d’insuffisance ovarienne prématurée (par exemple suite à une chimiothérapie en préventif*) et chez les donneuses depuis 2015 (encore faut-il que la stimulation ait donné assez d’ovocytes pour qu’il en reste à vitrifier). Un décret permet aux femmes sans enfant qui font don de leurs ovocytes d’en conserver une partie pour elles-mêmes. Cela fait suite au fait que les femmes sans enfant sont à présent autorisées à devenir donneuses ce qui n’était pas le cas avant 2015.

Le règlement de l’auto-conservation par vitrification d’ovocytes étant beaucoup moins restrictif et contraignant dans d’autres pays d’Europe, de plus en plus de femmes se tournent vers les cliniques spécialisées qui recommandent de ne pas attendre car pour des raisons variées et non clairement énumérées, la fertilité des femmes baissent aujourd’hui beaucoup plus tôt que chez les anciennes générations.

*Lorsque la patiente est guérie de son cancer, elle peut utiliser ses ovocytes vitrifiés pour les féconder avec le sperme de son partenaire ou d’un donneur afin d’obtenir un embryon qui sera implanté dans l’utérus dans son utérus.

La préservation de la fertilité chez des patients atteints de cancer, mais pas encore en âge de procréer, est le prochain défi de la médecine de la reproduction : la cryoconservation du cortex ovarien.

“Relative simplicité” pour un résultat optimum :

La tendance croissante à différer l’âge de la tentative de première maternité impose aux professionnels de la procréation assistée de s’adapter à cette réalité. Chez une femme en âge de procréer, non malade, la vitrification des ovocytes est la technique la plus simple et courante pour reporter la grossesse. Attention , les études médicales démontrent que l’âge auquel la femme procède à la vitrification de ses ovocytes joue un rôle dans le taux de succès de l’implantation à venir.

Dès 35 ans, la réserve ovarienne atteint un seuil que l’on peut qualifier d’inquiétant (la femme ne dispose plus que d’environ 10 % de son capital de naissance), d’autant que ses ovules sont alors déjà de moins bonne qualité qu’à 25 ans (on commence à parler de vieux ovocytes).

Cancer ou chirurgie des ovaires mais aussi raisons familiales et sociales, la vitrification ovarienne apparait comme un espoir pour des femmes de plus en plus nombreuses.

Elle permet de maintenir quasiment intacte la possibilité de devenir mère. Mais l’âge clé recommandé est la fin de la vingtaine, début de la trentaine donc entre 25 et 35 ans. Beaucoup de femmes n’en ont pas encore conscience.

Car si la survie des ovocytes est similaire sur des ovocytes vitrifiés sur le tard, le taux de réussite de grossesse diminue avec l’âge de réalisation de la vitrification.

Je parle dans cet autre article des méthodes pour préserver la fertilité d’enfants atteints de cancer et particulièrement la cryoconservation du cortex ovarien. Les résultats d’étude démontrent que cette option est aussi efficace. Il faudra identifier la technique adéquate en fonction des besoins de chaque patiente.

La position des têtes pensantes françaises :

L’Académie de médecine s’est prononcée en faveur de cette opportunité de permettre aux femmes de procréer plus tard. En 2016, un manifeste signé par 130 médecins et publié par Le Monde, à l’initiative du professeur René Frydman, père du premier “bébé éprouvette” français, réclamait l’ouverture de cette pratique.

Pourtant le CCNE s’est prononcé contre l’autoconservation des ovocytes en soulignant “le caractère très contraignant de la procédure de collecte des ovocytes” et  “les risques cliniques et médicaux induits, mais aussi les risques de pressions sociales et professionnelles émanant de l’entourage ou des employeurs”. En 2014, les sociétés Apple et Facebook avaient annoncé être prêtes à prendre en charge, à hauteur de 15 800 euros, la congélation des ovocytes de leurs employées. Une décision alors controversée.

Les pays européens autorisant la vitrification d’ovocytes pour “raisons personnelles” sont : la Belgique, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne.

 

 

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