Guillotine : enchère et en os

Guillotine-Caveau-des-Oubliettes

Hier matin, JVC a frissonné à la lecture de la liste des objets (Lot n°201) en vente aux enchères à l’hôtel des ventes Talma à Nantes.

On y trouve une guillotine en état de marche et qui aurait visiblement servi plusieurs fois. Même s’il ne s’agit pas d’une vraie mais d’une copie datant du Second Empire, comment un tel objet historique, martial, un peu macabre, symbole de la Terreur,  a t- il pu réapparaître ?

JVC a mené son enquête.

Cette guillotine, porte l’inscription : « Armées de la République ». Cette expression désignant les 15 armées révolutionnaires françaises, est en fait une habituée des salles de ventes. Déjà en 2011, elle avait fait l’objet de convoitises à la salle Drouot à Paris. Lady Gaga, entre autres, était parmi les intéressés mais finalement ce sera un collectionneur russe qui remportera la mise à plus de 200 000 €.

Seulement, à cause de son utilité première, la guillotine n’a pas pu partir sur les terres de Vladimir Poutine, président du gouvernement russe, à cause d’un refus d’exportation de la part du ministère de la Culture. Le règlement européen (CE) n° 1236/2005 du Conseil du 27 juin 2005 stipule, en effet, l’interdiction d’exporter ou d’importer en Europe certains biens susceptibles d’être utilisés en vue d’infliger la peine capitale, la torture ou d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

JVC remercie ici l’Europe mais aussi l’objet comme précurseur des droits de l’homme.

En effet, c’est avec la Révolution française et la toute nouvelle Assemblée constituante de 1789 que le principe du « supplice unique pour tous » [ les mauvaises langues ne liront pas « mariage pour tous » ], comme mode d’exécution de la peine capitale, fut défendu pour mettre plus de démocratie dans les actes de justice.

Sous l’ancien régime, la peine de mort est couramment appliquée. Les modalités de la mise à mort variaient selon les crimes ou les délits commis. Ainsi, jusqu’en 1750, la décapitation au sabre était réservée aux seuls nobles et gens de qualité. Le voleur de grand chemin était quant à lui roué en place publique, le régicide et le criminel d’Etat étaient écartelés, le faux monnayeur bouilli vif quand l’hérétique était brûlé et le domestique voleur était pendu. Sans peine capitale unique et, jusque dans la mort, les privilèges subsistaient.

JVC vous a proposé un raccourci un peu rapide (sans jeu de mots) et cynique avec l’histoire politique mais pour se faire pardonner et vous chouchouter par le sourire vous rappellera quelques surnoms de l’outil.

Pendant la Révolution française, elle fut surnommée le « grand rasoir national », le « moulin à silence », la « cravate à Capet », la « Mirabelle » (par rapprochement à Mirabeau), « l’abbaye de Monte-à-Regret », le « vasistas », la « veuve » ou la « raccourcisseuse patriotique ».

Au XIXe siècle, on la surnommait la « lucarne » et au XXe siècle le « massicot » ou la « bécane » (ces deux derniers termes étant employés par les bourreaux), ou encore les « bois de Justice ».

Lorsque les exécutions avaient lieu place de la Roquette, on a appelé la guillotine « l’abbaye de Saint-Pierre », jeu de mots sur les cinq pierres en croix qui marquaient son emplacement (et que l’on peut toujours voir).

Enfin, Louis-Ferdinand Céline la surnommait « le prix Goncourt des assassins ».

JVC n’a pas pu suivre la montée des enchères hier après midi à Nantes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.