A la recherche d’un Paradis perdu ou quand la naturalité n’est pas seulement une vue de l’esprit mais une réelle préoccupation humaine

Au sens rousseauiste et philosophique, la naturalité est « le caractère de ce qui est à l’état de nature, qui n’a pas été conçu ou travaillé par la main de l’homme ». Quels besoins intellectuels, moraux et émotionnels sous-tendent la recherche de la naturalité par le consommateur du XXIe siècle ?

Naturalité

Collections Levis (chemise) -Monoprix -Promod (blouson) @Martine Carret

Chez les enfants aussi, la naturalité vit ses heures de gloire. La très aimée marque Karl Marc John habille les fillettes de verdure et de plantes cet été 2018.

A l’heure où les produits -trop- transformés sont tenus pour responsables de la dégradation de notre santé, d’obésité, de maladies professionnelles, peut-on avancer que l’évolution du rapport à la nature est une conséquence de l’évolution du rapport à la consommation ?

En une quinzaine d’années, la consommation de produits bio par exemple a fortement augmenté puisque la nombre de Français curieux ou friands de ces aliments a doublé. Si la moitié de la population n’avait vers 2003 jamais franchi le pas, c’est aujourd’hui à peine 10% de Français qui n’y ont pas encore goûté. Si manger bio en plats préparés est aujourd’hui encore nettement plus cher, le bio savoureux, gourmands, à prix responsable, en particulier pour les produits de base, se démocratise.

@Martine Carret

Mais la recherche de naturalité en matière alimentaire ne passe pas uniquement par le Bio. Circuits courts, recettes anciennes, saveurs authentiques sans exhausteurs de goût, moins de conservateurs.

Naturalité et culture :

« La nature ne peut être comprise qu’en fonction de la culture dans laquelle elle se diffuse, avertit l’anthropologue Fanny Parise. En 2017, la notion de naturalité a un autre sens que celui que nos grands-parents lui donnaient. »

Dans le bassin amazonien, en Afrique, certaines plantes sacrées ont le pouvoir de guérir. Le rapport à la naturalité qu’entretiennent donc les habitants de ces pays, via le chamanisme notamment, est donc différent de celui des Occidentaux.

Après une longue ère d’hyper consommation, probablement favorisée par l’urbanisation du XXème et la disette et les privations de la seconde guerre mondiale, les années 80 sonne l’émergence du concept de naturalité.

Les taux d’équipement sont arrivés à saturation, on ne veut plus acheter par envie mais à nouveau par réel besoin et cette recherche de valeurs fondamentales s’accompagne d’une volonté de retrouver des pratiques ancestrales disparues. Le fait-maison n’a jamais été aussi à la mode tant en food qu’en DIY. La déco déborde d’une nature luxuriante : plantes, feuilles, fleurs et animaux se volent la vedette chez les plus grands stylistes comme dans le prêt à porter de moyenne gamme.

Une partie de la population ne veut plus consommer à tort et à travers mais de façon plus rationnelle. Les difficultés économiques favorisent cette consommation raisonnée. Pour autant ce goût de naturalité n’est pas forcément synonyme de bon marché particulièrement en déco. Les matières naturelles, produites de façon responsable, les imprimés de qualité ont aussi un prix. Le lin est privilégié chez Harmony Textiles, de l’osier, du bois presque nu chez Maisons du Monde.

Préoccupation Santé :

Les différents scandales animaliers (bœuf, vache, poulet, cheval), sanitaires (sang contaminé, hormone de croissance, chlordécone, amiante…) et autres interrogations (pollution) conduisent l’individu à se méfier des discours officiels, qu’ils émanent de l’Etat ou des entreprises.

« Ce sentiment d’avoir été trompé, de ne pas avoir eu accès aux bonnes informations engendre des questions existentielles, poursuit Cécile Désaunay. D’où vient ce produit, dans quelles conditions a-t-il été fabriqué, avec quelles matières premières? L’’envie d’acheter des choses plus naturelles s’est développée suite aux menaces perçues sur la santé, à cette peur d’ingurgiter des antibiotiques (viande) et des pesticides (fruits et légumes) sans le savoir ou d’utiliser des perturbateurs endocriniens ».

Depuis 30 ans les laboratoires Pierre Fabre avec la gamme Naturactive propose des produits santé, beauté et bien-être d’origine naturelle. Ces compléments alimentaires, huiles essentielles et plantes médicinales, plus de 75 extraits de plantes, améliorent notre santé au quotidien. En adoptant la phytothérapie, le consommateur privilégie une démarche simple, pratique et proche de la nature.

En santé comme en beauté, nous apprenons de mieux en mieux à lire les étiquettes et privilégions celles qui sont courtes, quitte à consommer moins aussi en raison des tarifs plus élevés des soins bios et éthiques. Nous préférons appliquer sur notre peau, des produits ayant subi moins de transformations, plus naturels. Certaines enseignes comme les parfumeries Nocibe ont choisi de distribuer des marques plus naturelles. Nude by Nature marque de maquillage minéral naturel australienne propose une collection Zéro Défaut. Et la nouveauté 2018 de la maison est Naturals by Nocibé pour un retour aux sources rassurant. Une gamme accessible déclinée autour de cinq actifs naturels : la rose, l’argile, l’eau de coco, le moringa, l’extrait naturel d’amande. Même les packaging ont été pensés pour que leur impact sur l’environnement soit minimum.

La présence d’ingrédients sains et naturels, et la prévention des risques pour la santé apparaissent comme des critères primordiaux pour définir un produit de qualité.

Sérum booster 30ml, 19€95 / masque gommant 75ml, 16€95/démaquillant 150ml, 8€50 / Baume 200ml, 14€95


Naturalité en avant toute ! 

Si l’environnement reste une préoccupation majeure chez les personnes les plus engagées et militantes, l’« égologie » est en marche. « La quête de la naturalité, ce n’est pas la quête d’un meilleur environnement mais c’est celle d’un mieux-être personnel immédiat », renchérit Fanny Parise.

HerschelMonoprixLevi’sC&A @Martine Carret

 

Et si c’était un chemin vers la bonne conscience ?

Chaque jour, l’individu est soumis à des injonctions paradoxales. Il est tiraillé entre son idéal de vie et ses pratiques quotidiennes. Il voudrait consommer local et bio mais aime aussi manger avocats et quinoa sud-américains. Il voudrait réduire son empreinte carbone, mais n’envisage pas de se passer de wifi. « Pour réduire sa charge mentale, le consommateur va alors mettre du symbolisme et donner du sens à des biens de grande consommation. Il va effectuer des actions au quotidien pour rendre acceptables les injonctions paradoxales. La quête de la naturalité est un des moyens possibles. » L’engouement des jus détox « aliment santé » est dans cette lignée. Les produits siglés ayurvédique/médecine chinoise sont sur le même registre. « Cette naturalité est conçue de manière artificielle, analyse-t-elle. Mais elle donne bonne conscience. »

« La naturalité vient compenser le côté déshumanisé désincarné de la production industrielle, conclut Nathalie Damery. C’est une clé de lecture de la société actuelle et le métier de l’industriel est de comprendre ces clés de lecture s’il veut vendre ses produits. Le ressort de la naturalité, c’est la quête d’un paradis perdu. Mais ce monde fantasmé a-t-il jamais existé ? ».

 

 

En 2017 :

78% des Français interrogés estiment que les entreprises ont l’obligation de s’assurer que leurs actes ont un impact positif sur la société, l’environnement et les êtres humains.

17% des Français seulement ont confiance en la capacité des sociétés à réellement faire attention à leurs sources d’approvisionnement.

73% des personnes interviewées se sentent mieux en achetant un produit qui respecte l’homme et la biodiversité.

73% aimeraient que les entreprises les informent des actions concrètes prises pour respecter l’humain et la biodiversité.

 

 

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