Planète souillée

Macro-plastiques, macro-déchets, micro-plastiques, gyres, plastifère, 7e continent… Tous ces mots n’existaient pas il y a 50 ans. Notre société de consommation a engendré de terribles dégâts que la Planète ne peut absorber. JVC vous offre un tour d’horizon de quelques problématiques.

 

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Zones éloignées mais touchées : 

Nul ne peut prétendre que l’Océan Arctique soit la zone la plus peuplée du monde ! Au contraire, même. Pourtant, deux expéditions de recherche scientifique Tara Oceans 2009-2013 (France) et Malaspina 2010 (Espagne) ont mis en évidence le transport à grande échelle de débris de plastique flottants depuis l’océan Atlantique jusqu’à l’Arctique. Une étude, publiée en avril 2017 dans Science Advances démontre que les mers du Groenland et de Barents (la partie nord de l’Atlantique Nord) accumulent de grandes quantités de débris plastiques, apportés par les courants océaniques.

« Il y a un transport continu de déchets flottants depuis l’Atlantique Nord, et les mers du Groenland et de Barents constituent une impasse pour ces plastiques, convoyés vers le pôle par les courants marins et contraints de rester en surface. » commente le professeur Andrès Cózar, directeur de cette étude (Université de Cadix en Espagne).

La quantité de débris plastiques flottants piégés dans les eaux de surface de cette zone est estimée à plusieurs centaines de tonnes. Elle est constituée de près de 300 milliards d’éléments, principalement des fragments de la taille d’un grain de riz.

Dans cette région du monde, les répercussions écologiques potentielles de l’exposition aux débris plastiques sont amplifiées par le caractère unique de cet écosystème, encore vierge et reculé.

« La mer n’a pas de frontière », souligne Maria-Luiza Pedrotti du CNRS. « Une pollution plastique générée dans un endroit peut souiller d’autres régions isolées et exercer ainsi des effets dévastateurs sur un écosystème vierge tel que l’Arctique. Cette zone forme un cul-de-sac, une impasse où les courants laissent les débris à la surface. Nous assistons peut-être à la formation d’une autre poubelle de la planète, sans comprendre totalement les risques encourus pour la faune et la flore locales ».

La Méditerranée, la catastrophe :

Cet été, les biologistes Linda Amaral-Zettler et Erik Zettler sont partis en mission avec Expédition MED. Ces deux chercheurs, ont découvert que toute une faune de micro-organismes vit directement sur les déchets plastiques flottants, et s’en nourrit. Cette faune est à l’origine du terme « Plastisphère » qui se transforme en « récifs microbiens » distincts des autres communautés biologiques environnantes. Selon Erik Zettler, trente minutes après son arrivée en mer, un déchet plastique est colonisé, et s’il flotte dans une ferme d’aquaculture, il a la possibilité de la contaminer. Composé de macro-déchets et de micro-plastiques (fragments d’une taille < 5 mm) et colonisé par les communautés microbiennes, ce nouvel habitat joue un rôle clé dans l’agrégation et le transport de produits chimiques toxiques et de micro-organismes potentiellement envahissants dans les écosystèmes marins et pathogènes pour l’homme

L’inquiétude est de savoir jusqu’où la contamination des déchets plastiques peut s’infiltrer dans la chaîne alimentaire. La bactérie qui inquiète le plus, est celle du genre « Vibrio » qui est déjà présente dans l’océan et dont la plus connue est celle qui est vectrice du choléra et d’autres maladies gastro-intestinales chez l’homme. Les chercheurs ont constaté que cette bactérie a le potentiel de se reproduire en grande quantité et de s’attaquer également au système digestif des poissons. « Ces minuscules déchets plastiques qui envahissent les océans et les mers du monde représentent un enjeu majeur pour la recherche et il est urgent d’enquêter sur les dégâts qu’ils sont susceptibles de provoquer sur l’écosystème marin et chez les humains. »

 

Phtalates partout sur la planète :

 

Récemment, le WWF France a présenté les premiers résultats de son étude pilote sur la pollution par les phtalates, composés chimiques présents dans les matières plastiques, dont sont victimes les mammifères marins de Méditerranée : rorquals communs, cachalots et globicéphales noirs.

@Frank Paul WWF

En partenariat avec l’Université Aix-Marseille, le WWF a réalisé des biopsies (prélèvements de peau et de gras) sur près de 90 cétacés dans le sanctuaire Pelagos en Méditerranée. Le DEHP, le plus toxique des phtalates occupe la deuxième place du classement en termes de concentration, après le DEP. Ainsi, le rorqual présente une concentration en DEHP de 799 µg/kg, le cachalot de 631 µg/kg et le globicéphale noir de 739 µg/kg. Pour comparaison, on considère qu’une source alimentaire a une concentration élevée lorsque la quantité de phtalate passant du plastique dans l’aliment est supérieure ou égale à 300 µg/kg.

« Près de 269 000 tonnes de déchets plastiques formés de plus de 5 000 milliards de particules flottent sur les océans. Cette étude confirme une nouvelle fois l’intensité de cette pollution en Méditerranée, là où la densité de micro-plastiques est parmi les plus élevées au monde et touche l’ensemble des espèces, jusqu’aux cétacés du grand large. Ces résultats, démontrent que s’il est urgent de nettoyer les océans de leurs plastiques, il est tout aussi prioritaire de prendre des mesures de réduction de la pollution par toutes les sources de contamination par les phtalates », conclut Isabelle Autissier, présidente du WWF France.

 

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