Alain Juppé : Mes chemins pour l’école

Le livre d’Alain Juppé, « Mes chemins pour l’école », sorti le 26 aout aux éditions Lattés[1], fera date dans l’histoire des propositions de réforme du système éducatif. S’appuyant sur les constats faits par les professeurs et les parents eux-mêmes, il propose cinq pistes de changement pour redonner à l’école française la première place.livre-mescheminspourlecole-jvc-jevouschouchoute

 

L’auteur, candidat à la primaire qui départagera les prétendants à l’élection présidentielle de 2017, présente un projet qu’il expose en quatre parties, dont la première est ce livre sur l’éducation, qu’il considère comme « la mère de réformes » ;

 

Alain Juppé fait d’abord un constat général, qui est aujourd’hui reconnu de tous les spécialistes : en France, l’école creuse les inégalités sociales de départ au lieu de les réduire et un élève sur cinq ne maîtrise pas les connaissances minimum à l’âge de 15 ans, faisant de notre pays l’un des plus inégalitaires en matière d’éducation. Il rappelle que 150.000 jeunes sortent chaque année du système éducatif sans aucune qualification ni aucun diplôme, rendant leur insertion professionnelle quasiment impossible. Cette situation lui paraît d’autant plus inacceptable que la France consacre un budget considérable – 65 milliards d’euros – à l’école, plus que de nombreux pays développés dont les élèves réussissent bien mieux.

 

Pour ancrer ce constat dans la réalité de la vie des écoles, collèges et lycées, Alain Juppé a fait le choix de s’appuyer sur une large consultation qu’il a lancée auprès des professeurs et des parents, dont il publie les témoignages. Ces derniers sont accablants : on y entend des professeurs démotivés, inquiets, qui se disent dévalorisés dans une société qui ne reconnait pas leur place. On est presque surpris de constater que les parents, eux, ont encore foi en l’école, bien qu’ils soient très critiques sur sa lourdeur et son incapacité à transmettre les savoirs essentiels.

Le maire de Bordeaux se donne donc deux objectifs simples : « assurer à tous les jeunes Français le socle commun des savoirs fondamentaux à la fin du collège et garantir à chacun une véritable qualification. ». Pour cela, il propose cinq axes d’évolution :

Priorité à l’apprentissage précoce du français

D’abord, porter l’effort sur les premières années pour prévenir l’échec scolaire, en insistant sur l’apprentissage précoce du français. Il s’agit avant tout de concentrer les ressources sur la maternelle et même dans les crèches. Alain Juppé s’appuie sur des travaux récents, qui montrent que les difficultés d’apprentissage de la langue se jouent dés le plus jeune âge et que les écarts entre les catégories sociales ou les quartiers se creusent dés la maternelle.

Seul un effort massif en direction des plus jeunes élèves permettra, selon l’auteur, de pallier ces difficultés : il faut concentrer les moyens sur les classes maternelles et sur le français et améliorer la formation des enseignants de ces classes.

 

Des enseignants revalorisés et mieux payés

Alain Juppé estime que revaloriser le statut d’enseignant est « une exigence absolue pour attirer les meilleurs et  améliorer l’efficacité du système éducatif. Les expériences d’autres pays le montrent ».  Il propose donc un rattrapage de rémunération pour les enseignants par rapport à ceux des autres pays développés, le France se situant assez en deçà de ces derniers pour les salaires des professeurs (au moins en début de carrière). Il propose de commencer par l’école maternelle et primaire où les rémunérations seraient augmentées de 10% dés 2017. Les professeurs des écoles sont actuellement payés 2.000 euros brut la première année d’exercice (1.640 euros net) et 3.047 euros brut après 20 ans de carrière (2,324 euros net), ont un temps de service plus long et ne bénéficient pas, comme leurs collègues du secondaire, de primes ou d’allocations.

 

Alain Juppé propose pour cela de faire des économies ailleurs, par exemple sur l’organisation du baccalauréat, qui coûte 1,5 milliards d’euros : « il faut réduire le nombre d’options et d’épreuves à 4 ou 5, le reste des acquis étant soumis au contrôle continu. »

Revoir la formation des professeurs

Il réclame également une refonte de la formation des professeurs pour qu’ils apprennent vraiment à gérer une classe et à maîtriser les techniques pédagogiques les plus efficaces. Il faut améliorer la formation initiale, mais aussi et surtout la formation continue des enseignants, qui ne se forment pas suffisamment « tout au long de la vie ». Alain Juppé estime que cette formation accrue doit s’accompagner de prise de responsabilités supérieures et de possibilités de promotions… comme dans beaucoup d’autres professions, en somme !

Donner de vraies responsabilités aux équipes pédagogiques

Le maire de Bordeaux se démarque radicalement de toutes les réformes précédentes du système éducatif en proposant de bouleverser l’organisation du système, qui a fait la preuve de son inefficacité. Il souhaite  que les établissements puissent disposer « d’une réelle liberté d’organisation et pédagogique », comme c’est le cas dans très nombreux pays, notamment en Europe du nord : « Il faut redonner de la responsabilité à ceux qui font vivre les établissements –à commencer par le chef d’équipe ».

Les établissements seraient dirigés par un « Conseil éducatif d’établissement » constitué d’enseignants élus par leurs pairs. Ils pourraient choisir de fonctionner de façon autonome, recruter une partie de leurs professeurs et gérer eux-mêmes les heures de cours qui leur sont allouées. En contrepartie, ils s’engageraient sur des objectifs auprès du rectorat. C’est actuellement impossible dans un système éducatif centralisé et uniformisé.

Il suggère qu’en contrepartie de ces responsabilités nouvelles les établissements, les élèves et les équipes puissent être évalués régulièrement par une agence indépendante : pour prévenir le décrochage scolaire dés la maternelle, une évaluation des compétences fondamentales des enfants serait menée, dés le plus jeune âge, par les enseignants avec des outils adaptés. Dés lors que des difficultés auront été identifiées, des moyens immédiats seraient attribués pour y faire face.

Rendre enfin efficace l’orientation et booster l’apprentissage

Le chômage massif que connait la France lui parait mériter un engagement très ambitieux : donner une qualification adaptée à 100% des jeunes Français à la sortie du système éducatif.

Pour cela, il faut améliorer le suivi et l’orientation, instaurer un rendez-vous annuel obligatoire entre les parents et les enseignants, rendre plus fréquentes les présentations des métiers dans les établissements par des personnes compétentes…

Il faut aussi transformer les lycées professionnels les confiant, ainsi que la totalité de l’apprentissage, aux Régions, plus à même de connaitre l’offre, les besoins économiques et les opportunités d’emploi locales.

Voici un livre stimulant et novateur, qui donne de l’école, des professeurs et des parents une image juste et qui propose de vraies pistes de réforme.

 

[1] Alain Juppé, Mes chemins pour l’école, Collection « vers un nouveau monde »,  JC Lattès, 2015

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