Laurence Equilbey

laurence-accentus-jevouschouchoue-jvcNous sommes cinq blogueuses, plus ou moins spécialisées dans le domaine de la culture. Aucune d’entre nous ne connait précisément la musique. Je suis la plus vieille, les autres ont toutes une vingtaine d’années, peut-être trente. Elles sont très professionnelles, posent de bonnes questions et notent fébrilement ou enregistrent.

Face à nous, Laurence Equilbey est installée dans un canapé, détendue, souriante. Et nous sommes toutes très impressionnées, presque sonnées. Nous venons d’assister à la répétition du prochain concert conduit par Laurence.

La personnalité de cette femme chef d’orchestre, son talent et celui de ses deux formations sont hors du commun : Accentus, son chœur de 32 chanteurs désormais bien installé dans le paysage musical français et international et Insula orchestra, le nouvel orchestre qu’elle vient de créer, ont tout pour nous faire aimer passionnément la musique classique et particulier pour la faire découvrir aux jeunes adultes qui s’en détournent.

Le concert auquel nous assisterons ce soir se tient au Carré Belle Feuille de Boulogne Billancourt1 . Il s’intitule « Bataille et victoire ». Laurence Equilbey y ouvre ainsi la troisième saison de son partenariat avec la commune de Boulogne-Billancourt sur un programme un peu inusité, qui fait la part belle à des œuvres plutôt martiales (Beethoven, Le Roi Etienne, Opus 117 ; Carl Maria von Weber, Bataille et victoire, opus 44) ou solennelle avec la Messe du Couronnement de Mozart.

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C’est tout l’art de Laurence, qui s’exprime depuis 20 ans, d’exhumer des pièces rares comme ce Roi Etienne, quasiment introuvable, ou de faire chanter des transcriptions (transformations pour le chant d’œuvres écrites pour des instruments) comme l’illustre le disque majeur du chœur Accentus, intitulé sobrement Transcriptions2.Chef d’orchestre, directrice musicale d’Insula orchestra et d’Accentus, elle est aujourd’hui reconnue pour son exigence technique, sa vaste culture musicologique et son ouverture à des œuvres peu connues.

Laurence Equilbey3 a crée Accentus en 1992, chœur de chambre professionnel alors qu’elle débutait et peinait à s’imposer comme chef. Accentus travaille d’abord des œuvres a cappella, puis se tourne vers la création contemporaine, l’oratorio et l’opéra. Son répertoire très « pointu », sa rigueur et son excellence l’ont bientôt fait connaitre et il se produit aujourd’hui dans les plus grandes salles de concerts et festivals français et internationaux4. Tous ses disques5 ont été largement récompensés par la presse musicale : Accentus a été consacré Ensemble de l’année par les Victoires de la musique classique en 2002, en 2005 et en 2008.

En 2012, 20 ans après, Laurence décide de créer l’orchestre Insula, avec le soutien du Conseil général des Hauts-de-Seine. Insula Orchestra est une phalange sur instruments d’époque consacrée au répertoire classique et pré-romantique. En 2014-2015, l’orchestre donnera son premier concert à l’étranger dans le cadre de la Mozartwoche à Salzbourg.

Insula a sorti chez Naïve le 29 septembre, avec Accentus et Laurence Equilbey, le mythique Requiem de Mozart, enregistré au Château de Versailles. JVC vous donnera son impression très prochainement. Avant de l’écouter, mes jeunes collègues blogueuses ont adoré pouvoir visionner une web-serie très innovante, retraçant l’enregistrement de ce disque depuis les coulisses : le « Log book / Journal de bord6 ».

Ce film, mi-documentaire, mi-fiction, met en scène le jeune Lorenzo, passionné de musique classique et fou de joie à l’idée que Laurence décide de « monter » la grande œuvre de Mozart. Le jeune homme se rapproche de son idole chef d’orchestre, qui l’aide à comprendre la construction particulièrement mystérieuse du Requiem. Le reportage est drôle, vif et permet de mieux pénétrer les rouages de l’œuvre mais aussi la mécanique d’enregistrement d’un disque de cette importance.

Laurence Equilbey nous l’explique avec simplicité dans l’interview qu’elle nous accorde : elle a voulu être « chef » à 20 ans et a étudié la musicologie à l’Université dans ce seul but. Dés cet âge, elle veut conduire des orchestres et se spécialiser dans la musique de la période classique et romantique. Mais c’est le choix inverse qu’elle fait pour sa spécialité universitaire7, puisque elle décide de travailler plus particulièrement la musique ancienne et le Moyen Age : « j’ai choisi volontairement d’étudier cette période musicale à la fac parce que je savais que je n’y reviendrai plus.

D’abord parce que je voulais être chef et que c’est une musique sans chef et ensuite parce que ce n’est pas la période que je préfère. Mais un bon chef doit se spécialiser dans une période musicale et pour cela il faut qu’il connaisse ce qu’il y a avant et ce qu’il y a après ». Quelle hauteur de vue pour une jeune femme de 20 ans !

Mes camarades blogueuses lui demandent d’emblée s’il est difficile d’être femme et chef d’orchestre. La réaction de Laurence est nette et sans langue de bois : c’est très difficile. Elle cite les chiffres de la SACEM. Il y a environ 15% de femmes chefs mais seulement 5% sont « programmées ». Et de décrire les obstacles auxquels se heurtent les prétendantes : réaction de leurs pairs masculins, encore convaincus que les femmes ne peuvent rien faire de bon dans ce métier, mais aussi réactions des musiciens, voire des musiciennes…

Si elle a franchi une large part de ces obstacles, Laurence sait qu’elle doit maintenant percer le « plafond de verre » qui attend les femmes chefs pour accéder au niveau le plus haut. Ce sera sa « bataille et victoire ».

JVC vous recommande chaudement le disque8 et la web-serie qui l’accompagne.

1Concert « Bataille et victoire », Carré Belle Feuille, 60 rue de la belle feuille, Boulogne Billancourt, Mardi 8 septembre 2014. Programme : Wolfgang Amadeus Mozart, Krönungsmesse, KV 317 (Messe du Couronnement) ; Ludwig van Beethoven König Stéphan, opus 117 (Le Roi Etienne) ; Carl Maria von Weber, Kampf und Sieg, opus 44 (Bataille et victoire) – extraits. Chanteurs : Nuria Rial, soprano, Marianne Crebassa, mezzo, Benjamin Hulett, ténor, Johannes Weisser, baryton-basse. Artistes : Nuria Rial, Marianne Crebassa, Benjamin Hulett, Johannes Weisser, Orchestre : Insula orchestra, Chœur : Accentus. Direction : Laurence Equilbey.

2« Transcriptions », du Chœur Accentus, chez Naïve vendu plus de 130 000 exemplaires, a été nominé aux Grammy Awards 2004 et a obtenu un Disque d’Or en 2008.

4 L’ensemble collabore régulièrement avec chefs et orchestres prestigieux et participe à de nombreuses productions lyriques. Accentus est en résidence à l’Opéra de Rouen Haute-Normandie et est ensemble associé à l’Orchestre de chambre de Paris. En 2014/2015, il débutera un partenariat avec la Philharmonie de Paris.
5 Label Naïve

7 Laurence Equilbey a étudié la musique à Paris, Vienne et Londres, et la direction notamment avec Eric Ericson, Denise Ham, Colin Metters et Jorma Panula.

8 Insula Orchestra et Chœur Accentus, dirigés par Laurence Equilbey, Mozart, requiem, Naïve.

 

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